RN
Tribune

Le RN réhabilite le peuple en politique

Andréa KOTARAC

Assistant parlementaire  

Tout à la fois symptôme, cause et conséquence de la crise de la démocratie représentative, l’abstention s’enracine progressivement dans les mœurs politiques contemporaines. Aussi atteint-elle des records aux élections municipales ainsi que régionales et se manifeste avec une plus grande acuité lors des élections présidentielles de 2022. Lors des soirées électorales télévisées, le peuple surgissait alors comme par enchantement des sujets en discussion, puis retombait dans l’oubli aussitôt les élections terminées. Dans ce contexte, l’arrivée massive de députés du Rassemblement national à l’Assemblée ne pouvait que redonner vie à la chambre basse, jusque-là réduite à l’état de « fossile du débat démocratique » ou de malheureuse « chambre d’enregistrement » de la volonté présidentielle. De fait, les intérêts du peuple ne pouvaient que s’effacer devant ceux des mondialistes. À la suite de plusieurs décennies de dérégulations des domaines régaliens par l’Union européenne, de destruction des frontières, de spéculations et de promotion d’un individualisme radical dans la gestion de la vie quotidienne, la réalité de l’abîme effrayant du « chacun pour soi » frappe tristement l’hexagone. Réalité criante, navrante, douloureuse ; résultat de longues années de politique destructrice du socle de notre histoire commune, de notre patrie et de notre souveraineté. L’heure est pourtant à la négation des faits. À rebours de cette France « start-up Nation » qui nous avait été promise, les faits démontrent un record de faillites d’entreprises jamais enregistré depuis 1996. À rebours de cette France du « rêve de devenir milliardaire » chez les élèves de maternelle – un rêve fantasmé par Emmanuel Macron en 2015 –, les faits indiquent une pénurie de dolipranes et d’antibiotiques pour les très jeunes enfants. À rebours de cette « France unie », les faits révèlent une profonde entreprise de déconstruction culturelle et pas moins de 3287 atteintes à la laïcité en seulement 180 jours d’école, alors même que 78% des Français considèrent ce principe comme inhérent à l’identité de la France. Ce n’était pas tout. Désormais, ils s’attaquent à notre système social. Dans ce contexte, l’opposition à la réforme des retraites par 94% des actifs, la volonté de préserver notre système par répartition hérité du CNR est le symbole du réveil du Peuple français, celui du refus de l’individualisation, de la privatisation, de tout ce qui fait notre identité et notre héritage commun. Il est le reflet de la solidarité nationale, où les actifs paient les retraités, où les jeunes soutiennent les Anciens, où la Nation est en définitive une grande famille unie et fraternelle.
Nous le savons, le décalage de l’âge de départ à la retraite imposé par le gouvernement se traduira inexorablement par une baisse des pensions en raison de l’explosion des décotes, une augmentation des dépenses sociales, de chômage, de RSA ou de santé, là où interviendront alors les fonds de pensions privés et autres gestionnaires d’actifs bien souvent étrangers pour proposer des retraites complémentaires et autant de cotisations privées qui échapperont à notre système national. Les multinationales ont un objectif clair, qui est de désagréger notre trésor national et les 345 milliards d’euros sur lequel repose notre système des retraites. L’opposition quasi-unanime à cette réforme des retraites témoigne pourtant d’une volonté plus profonde du Peuple français au sein de notre société : celle de se réapproprier notre patrimoine commun. Face à l’explosion des prix énergétiques, le Peuple manifeste sa volonté de mettre un terme au démantèlement de ce qui faisait l’excellence du peuple français, du nucléaire, de se réapproprier nos barrages hydrauliques et de décorréler le prix du gaz de celui de l’électricité en érigeant à nouveau EDF comme un monopole énergétique. Face à l’explosion du prix des tickets de péages, le Peuple affirme sa volonté de reconquérir nos infrastructures amorties depuis longtemps par nos générations précédentes, plutôt que d’enrichir davantage les actionnaires des gestionnaires privés d’autoroutes en payant doublement la dégradation de nos routes nationales et départementales. Face à l’effondrement de notre système de santé, le Peuple affiche sa volonté de se réapproprier notre système solidaire en augmentant de 10 points le salaire des soignants pour rattraper la moyenne de l’OCDE ou en luttant contre les fraudes sociales, notamment en établissant la carte vitale biométrique pour lutter contre les 10 millions de fausses cartes qui circulent. Face à l’étranglement fiscal, le Peuple exprime sa volonté de lutter contre la fraude fiscale des puissants et palier cette injustice consistant à faire supporter le poids de mauvaises politiques à la France du travail et à ses forces vives. Face à la ruine de notre système judiciaire, le Peuple souhaite s’opposer à la suppression des jurys populaires et redorer des décisions pénales prononcées au nom du Peuple français, à l’heure où 91% des Français considèrent que notre justice est trop peu sévère. L’épisode des Gilets Jaunes a eu le mérite de rappeler que le peuple existe et qu’il est, conformément à l’article 3 de notre Constitution, le seul Souverain. Que la Nation repose sur lui. Qu’il aspire à se faire entendre. La situation actuelle fait aussi apparaître l’interconnectivité des citoyens, l’inter-conscientisation du peuple face aux pénuries et la nécessité de se réapproprier nos biens communs : de l’énergie face aux 12 millions d’entre nous qui n’arrivent plus à se chauffer, des boulangeries qui n’arrivent plus à faire cuire nos baguettes, de l’eau face à des agriculteurs inquiets, des infrastructures, de la mobilité qui nous lient les uns aux autres, de l’accès à internet pour tous, de la protection du génie français face aux ingérences étrangères et à la trahison de nos élites. Elle fait également apparaître l’urgence à lutter contre la dépossession programmée par le gouvernement du prochain débat relatif à l’immigration, à l’heure où l’immigrationniste patenté, Thierry Tuot, est nommé à la tête de la section « Intérieur » du Conseil d’État. Dans cette phase de réappropriation du pays par le Peuple, les députés du Rassemblement national souhaitent lui redonner la voix et le dernier mot sur l’ensemble des politiques majeures, civilisationnelles comme sociales. Ainsi s’explique la motion référendaire déposée lors du débat des retraites. Ainsi s’éclaire également notre proposition lors des élections présidentielles de favoriser les référendums en matière d’immigration ou d’environnement. Car la crise de la démocratie représentative ne pourra être surmontée sans le Peuple. Elle le sera encore moins contre lui.