08/07/2026
« J’ai cherché à rédiger une vingtaine de tableaux qui constituent autant de clefs pour essayer de comprendre ce pays ». Ainsi Xavier Driencourt présente sa démarche, qui place le traitement des épisodes historiques le débarquement des troupes françaises à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830 dans une optique résolument opérationnelle. Il s’agit à partir d’une connaissance exacte des faits de mettre en perspective les enjeux mémoriels et l’utilisation qui en est faite des deux côtés de la Méditerranée. Pour un militant patriote français, ce savoir constitue un atout important.
Comment est conçu ce livre ?
Le principe de la collection « Vérités et légendes » chez Perrin est de traiter un sujet sous forme d’une vingtaine de questions traitées chacune en un chapitre. Dans le cas de ce livre, les interrogations sur l’Algérie sont traitées dans l’ordre chronologique. Cette structure est intéressante, y compris politiquement, parce qu’elle problématise le sujet et facilite la construction d’un argumentaire sur chaque sujet abordé. De plus, cela rend la lecture plus facile et stimulante, même lorsque la question initiale est de pure forme.
## Que dit-il ?
La table des matières commence par une question presque provocatrice - « la colonisation a-t-elle constitué un crime contre l’humanité » - qui reprend les propos malheureux tenus à Alger en février 2017 par celui qui n’était encore que candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron. 200 pages plus tard, le livre se conclut par la réponse à la question « Y a-t-il des leçons à tirer des affaires «Sansal et Gleizes ». Entre les deux, 25 autres chapitres explorent des épisodes sur toute la période, de la conquête à nos jours. Ainsi, la terrible guerre civile entre 1992-2002, la « décennie noire », est abordée, ainsi que le mouvement de protestation des années 2010, le « hirak ». La présentation qui est faite du pouvoir algérien n’est pas univoque, même si les effets néfastes du « système » sont exposés. Certains mythes sont clairement démontés, comme celui prétendant que les Kabyles auraient été plus proches de la France que les Arabes : les insurrections à l’époque coloniale racontent une tout autre histoire. En sens inverse, les questions connexes du Sahara et des rapports entre le Maroc et l’Algérie sont abordés sans fard, avec une précision historique qui ne plairait guère aux hiérarques algériens. Enfin sont abordés des sujets historiques guère connus sinon par les spécialistes, comme l’intéressant et somme toute très romantique « royaume arabe de Napoléon III ». Pour aider le lecteur à se repérer, Xavier Driencourt a inséré sept pages d’une chronologie serrée, et pour ceux qui voudraient aller plus loin une bibliographie sommaire. L’auteur ne prétend d’ailleurs pas faire œuvre ici d’historien : il l’avait fait dans un ouvrage récent au sujet des réactions internationales aux accords d’Évian, en se plongeant dans les archives diplomatiques. Le livre L’Algérie, vérités et légendes, est avant tout un travail de vulgarisation, dont les chapitres couvrant les épisodes les plus récents sont largement éclairés par l’expérience de Xavier Driencourt comme ambassadeur à Alger.
Qui l’écrit ?
Xavier Driencourt a été deux fois ambassadeur en Algérie, d’abord de 2008 à 2012, sous la présidence Sarkozy, puis de 2017 à 2020, sous la présidence Macron. Après l’ENA et une brillante carrière de haut-fonctionnaire au sein du Ministère des Affaires étrangères, il intervient régulièrement dans les médias pour évoquer les relations avec l’Algérie. Il a notamment joué un rôle important dans la mise en cause des accords de 1968 en ce qui concerne l’immigration algérienne.
## Pourquoi le lire ?
L’Algérie concerne des millions de Français. Rapatriés et leurs descendants, de même pour les Harkis, les militaires d’active, les appelés, les coopérants et les immigrés, ont une mémoire vive de ce pays et du conflit de 1954 à 1962. Les relations franco-algériennes ne cessent de fluctuer et d’alimenter les tensions politiques de part et d’autre de la Méditerranée, car elles ne se résument pas à de simples enjeux diplomatiques ou économiques. À Alger, mais aussi du côté de la gauche française, l’histoire est très souvent instrumentalisée dans une logique de culpabilisation. C’est pourquoi il est nécessaire de maîtriser les principaux jalons de notre histoire commune. Dans ce livre, facile et rapide à lire, Xavier Driencourt examine les points nodaux des conflits mémoriels, de manière précise, documentée et objective.
Citations
o « En Algérie, Abd el-Kader fut d’abord absent de l’histoire officielle, son lien presque amical avec la France l’ayant discrédité. Toutefois, à partir de 1964, puis l’année suivante avec le retour de son corps à Alger, il devient une figure nationale, celle du résistant luttant contre le colonialisme, quasi-précurseur du FLN… Petit à petit, des deux côtés de la Méditerranée, une autre personnalité émerge, symbole de la synthèse entre l’Orient et l’Occident, apôtre d’un Islam tolérant et d’ouverture ».
o « Je l’ai souvent expliqué à mes interlocuteurs français, algériens, de tous bord : la guerre d’Algérie a véritablement commencé à Sétif le 8 mai 1945 et non le 1er novembre 1954. »
o « Le système Tebboune est bien différent du système Bouteflika (…). Abdelaziz Bouteflika n’aurait certainement pas fait arrêter Boualem Sansal (qui pourtant avait démissionner de ses fonctions au ministère de l’Industrie en 1999), pas plus que Christophe Gleizes. Sous sa présidence, le pouvoir connaissait les lignes rouges à ne pas franchir, les provocations à éviter. Ce n’est plus le cas du régime policier et militaire actuel. »